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Publié le 12 juillet, 2012 | par Pleins Feux

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Est-ce que Downing Street a abandonné Israël ?

Un changement majeur s’est produit dans la politique du gouvernement britannique, à moins que je me trompe complètement, sans que personne ne s’en aperçoive. Downing Street peut avoir abandonné son soutien instinctif envers Israël pour la première fois depuis la fondation de l’État.

Par Richard Spencer

Ce que pensent les Britanniques n’a peut-être plus d’importance envers ce qui se passe au Moyen-Orient (si c’est le cas, c’est une histoire en soi). Mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est mauvais pour Israël : les humeurs changent à travers l’Europe, mais nous avons généralement été un bien meilleur ami que la France ou l’Espagne ne l’ont jamais été. L’Allemagne, bien sûr, ne compte pas dans ce contexte. Israël peut-il vraiment se sentir en confiance en basant son soutien diplomatique uniquement sur l’Amérique ?

Si j’ai raison, je me demande si le Premier Ministre d’Israël, Benjamin Netanyahu, peut penser qu’il n’a que lui-même à blâmer : ce qui tourne en rond revient toujours, comme on dit, pour des raisons que j’expliquerai plus loin.

Vous remarquerez que j’ai dit Downing Street. La raison en est que les groupes favorables à Israël, qui crient contre la politique des décideurs britanniques, n’ont jamais assez soutenu Israël et penchent plus vers l’antisémitisme, par lequel ils entendent surtout le Foreign Office et sa célèbre base d’arabistes. Pourtant, les sentiments favorables aux Arabes, qui ont sans doute toujours existés au Foreign Office, ont généralement été ignorés par les Premiers Ministres britanniques, soit par des sympathies réelles ou afin de protéger leurs relations avec Washington, et ainsi, ont soutenu Tel-Aviv et Jérusalem.

Tony Blair, vous vous souvenez, a irrité des membres de son propre cabinet en refusant de condamner l’invasion israélienne du Liban en 2006, même s’il ne pouvait pas réellement approuver à l’instar de son prédécesseur avec Suez, 50 ans plus tôt.

La semaine dernière, selon certaines informations, Monsieur Netanyahu et son Ministre de la Défense, Ehud Barak, ont apostrophé Gordon Brown et David Miliband, afin de tenter de les amener à s’opposer à la motion du Conseil des Droits Humains de l’Organisation des Nations Unies concernant le rapport Goldstone sur la guerre contre Gaza. Ils ont échoué. La Grande-Bretagne n’a même pas enregistré une abstention (assez curieusement, ils n’ont absolument rien fait).

La Grande-Bretagne n’a jamais été encline, d’aucune manière, à soutenir la motion qui avait omis de mentionner les critiques concernant le Hamas dans le rapport et qui a été répudié par le propre auteur du rapport. Mais les conditions exigées par M. Brown pour s’y opposer étaient assurément une insulte calculée : il a demandé une enquête israélienne indépendante sur les allégations, le gel des colonies et une levée du blocus sur Gaza. Puisque Monsieur Netanyahu avait déjà refusé de faire n’importe quelle de ces choses, – en fait, ils sont allés bien au-delà de ce que le rapport Goldstone recommandait – c’était clairement un anti-démarreur.

D’autres pays européens ont voté contre ce qui était manifestement une motion déséquilibrée, mettant ainsi la Grande Bretagne dans une position anti-israélienne inhabituelle. Pourquoi ?

Eh bien, il est exact que M. Brown n’est pas beaucoup intéressé à la politique étrangère, et, peut-être, qu’il ne voyait aucune raison de s’aliéner les nombreux sympathisants palestiniens de son parti. La position personnelle de Monsieur Miliband, comme sur tant d’autres questions difficiles, est incertaine. Les deux seules choses intéressantes qui peuvent être dites en ce qui le concerne, c’est, tout d’abord, qu’il est le premier Ministre britannique des Affaires Étrangères qui possède un héritage juif et, deuxièmement, qu’il est tellement anémique sur le Moyen-Orient que ce fait ne semble pas avoir suscité de commentaires de toutes les personnes impliquées dans la question, ce qui doit certainement être un record.

Mais je me demande si le rejet de M. Brown de la demande de M. Netanyahou aurait pu être plus personnel. Je le dis tout à fait subjectivement à cause de mes souvenirs d’une autre occasion où M. Blair s’était tenu à l’écart de l’opinion populaire, ainsi que du Foreign Office, dans un appui envers Israël. Ceci s’était produit il y a plus d’une décennie, mais par pur hasard, le Premier Ministre israélien de l’époque était justement M. Netanyahu.

Je faisais partie d’un groupe de journalistes qui accompagnaient le Secrétaire des Affaires Étrangères de l’époque, Robin Cook, lors d’une rapide tournée du Moyen-Orient en 1998. Pendant qu’il était à Jérusalem, M. Cook a visité une colonie israélienne en cours de construction à la périphérie de Jérusalem-Est (occupée), comme un acte de solidarité avec les Palestiniens.

Les Israéliens étaient furieux, même s’ils avaient été avertis à l’avance, et M. Cook n’était certainement pas le premier politicien européen à faire un tel geste symbolique. J’ai senti qu’il était plutôt choqué, n’ayant reçu aucune protection policière apparente lors de sa visite, de sorte qu’une bande de manifestants israéliens d’extrême-droite ont pu agiter leurs poings sous son nez et lui crier des injures en plein visage à une distance d’environ trois pouces pendant tout le temps qu’il était là.

Puis, dans ce que nous avons tous joyeusement décrit comme une gifle étonnante, M. Netanyahou a annulé le dîner prévu entre les deux hommes.

La vraie histoire était peut-être que, dans le tollé qui a suivi, M. Blair a décidé de ne pas appuyer son Ministre des Affaires Étrangères. Il n’a émis aucun moyen de défense pour son Ministre des Affaires Étrangères, ni aucune critique envers M. Netanyahu. Bien sûr, il n’avait pas beaucoup d’estime pour M. Cook, et, sans aucun doute, nous, les journalistes, étions injustes dans nos propres attitudes, puisque tout ceci a été largement décrit comme simplement un événement d’une série de revers et d’humiliations qu’il a subis pendant son temps en service. Néanmoins, je pense qu’il est scandaleux qu’il ait été laissé en suspens. Downing Street devait certainement savoir qu’il était en visite dans la colonie, et aurait sans doute pu l’en empêcher.

Ceci aurait alors été la fin de l’histoire si ce n’était d’un petit quelque chose que m’a dit un médecin israélien, peut-être un peu trop présumé pour lui, pendant qu’il m’escortait au bureau du Premier Ministre où M. Netanyahou devait expliquer son affront de la soirée. « C’est très mauvais pour M. Cook », m’a-t-il informé gratuitement. « M. Blair n’aimera pas celle-ci, tu sais. »

« Qu’est-ce que M. Blair peut-il bien penser de tout ceci ? » Me disais-je à l’époque, mais alors, le penny est tombé. C’était un coup monté. M. Netanyahu savait très bien, ou tout au moins avait bien deviné, que M. Blair laisserait Cook dans le pétrin, et savait qu’il pouvait aussi jouer sur la vanité de M. Blair pour non seulement humilier Cook, mais aussi, envoyer un avertissement à tous ceux qui lèvent leurs têtes au-dessus du parapet sur les colonies.

Je savais ce qui allait arriver par la suite, et je dois dire que j’ai tenté d’avertir les gens, sans succès. J’avais raison. En quelques jours, M. Blair, qui jouissait de son triomphe dans l’Accord de Belfast, annonçait que M. Netanyahou avait accepté de venir à Londres pour une conférence de paix avec Yasser Arafat. Les journaux ont été pris de vertiges émotionnels et les Israéliens ont pu démontrer encore une fois que si vous jouez les idiots avec eux, vous n’arriverez à rien, et si vous jouez les gentils, vous arriverez à ressembler à un artisan de la paix.

Inutile de dire que rien ne s’est produit à la conférence de « paix ». Arafat, qui ne voulait pas venir au début et ayant réalisé qu’il était simplement un pion dans le jeu conjoint Downing Street-Jérusalem, a boudé dans sa chambre d’hôtel la plupart du temps. En rétrospective, il semble absurde que quiconque aurait pu s’attendre à ce que quelque chose puisse se produire. Ce fut la dernière véritable aventure de Tony Blair dans le processus de paix au Moyen-Orient. D’ailleurs, à cause de son soutien à M. Netanyahou, il s’était accidentellement accroché encore plus fermement au mât de Washington. Il n’a jamais pu s’échapper de ce piège.

Est-ce que Gordon Brown se souvient de cette histoire, et ne voit aucune raison de faire une quelconque faveur à M. Netanyahu désormais ? Bien sûr, il n’était pas un ami de Robin Cook non plus et aurait certainement pu jouir de le voir dans le pétrin aussi, mais sûrement que le fiasco de la conférence de paix doit avoir été exactement le genre de chose qu’il a le plus méprisé de M. Blair.

Ou peut-être est-il simplement entre les mains de ses conseillers, car comme je l’ai dit, il n’est pas un grand partisan de la politique étrangère. Et qui ont été ses conseillers ?

Une chose qui est intéressante à noter au moment de la rebuffade de M. Cook, a été jusqu’à quel point les gens du Foreign Office autour de lui l’ont supporté. Son principal homme de presse a écrit follement en sa faveur, tandis que je me souviens de l’ambassadeur britannique en Israël, s’exprimant de façon convaincante, plus tard ce même soir, en défense de ce qu’il avait fait (ce qui doit avoir été fait avec la planification de l’ambassade).

Un fait intéressant à noter, c’est que l’ambassadeur était David Manning, qui allait devenir le conseiller de Downing Street en politique étrangère et a été le premier ambassadeur de Brown à Washington. Quand il a pris sa retraite, l’année dernière, il a été remplacé par Nigel Sheinwald, oui, le même homme de presse qui avait été tellement favorable à Cook.

Je me demande bien jusqu’à quel point ils se souviennent de ce que Netanyahou avait fait à leur homme en 1998, et ce que les notes privées de Downing Street et du Foreign Office disent à son sujet.

http://blogs.telegraph.co.uk/news/richardspencer/100013980/has-downing-street-dropped-israel/

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