Ce que le pharaon ne pouvait toucher


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Par Sara Lamm  –  30 avril 2026

1. Une force intérieure face à l’indicible

La vie de Edith Eva Eger est de celles qu’il est presque impossible de résumer. Jeune fille juive hongroise passionnée de danse et de gymnastique, elle fut déportée à Auschwitz à l’adolescence, puis, survivante, contrainte de danser pour Josef Mengele. Plus tard, elle devint psychologue clinicienne et auteure à succès, aidant de nombreuses personnes à se libérer de leurs propres prisons de peur, de chagrin et de traumatisme.

Ses livres, dont « Le Choix : Oser le possible » et « Le Don », sont nés d’une vie marquée par le pire de l’humanité, et qui a toujours affirmé que chacun peut choisir son destin. Edith Eva Eger est décédée le 27 avril 2026, à l’âge de 98 ans.

Il y a quelques années, j’ai lu « Le Choix », et une phrase de son histoire m’a particulièrement marquée. Dans le train pour Auschwitz, sa mère lui a dit :
« Personne ne peut te voler ce que tu as mis dans ton esprit. »

J’ai repensé à ces mots à maintes reprises depuis. Non seulement parce qu’ils sont poétiques, mais aussi parce qu’ils recèlent une profonde vérité. La mère d’Edith était impuissante face à ce qui l’attendait. Elle n’a pu arrêter le train. Elle n’a pu préserver sa fille d’Auschwitz. Mais elle a pu lui transmettre un ultime héritage : la certitude qu’il existe en chacun de nous un lieu que même le mal ne peut pleinement atteindre.


2. Joseph ou l’invincibilité intérieure

Plus je réfléchissais à cette phrase, plus j’y voyais un écho biblique en la personne de Joseph. Son histoire est très différente, mais la vérité fondamentale demeure la même : on peut être vaincu extérieurement et rester inébranlable devant Dieu.

L’histoire de Joseph n’est pas seulement celle des épreuves. C’est aussi celle de la trahison. Ses propres frères le dépouillent de sa tunique, le jettent dans une fosse et le vendent. En Égypte, il trouve refuge chez Potiphar, mais est accusé à tort et emprisonné. Son avenir semble compromis. Sa vie est sans cesse à la merci d’autrui.

Et pourtant, la Torah ne présente jamais Joseph comme un homme vaincu intérieurement.

Lorsque Joseph est en prison, l’Écriture dit :

וַיְהִי יְהֹוָה אֶת־יוֹסֵף וַיֵּט אֵלָיו חָסֶד וַיִּתֵּן חִנּוֹ בְּעֵינֵי שַׂר בֵּית־הַסֹּהַר׃
L’Éternel était avec Joseph : il lui témoigna sa bonté et orienta le chef des geôliers en sa faveur.
Genèse 39:21

Ce verset est remarquable. Joseph n’est pas libre lorsque ces mots sont écrits. Il n’est pas innocenté. Il est toujours en prison. Pourtant, la Torah insiste sur le fait que Dieu est avec lui là-bas.

Sa situation est brutale, certes, mais elle ne révèle pas sa véritable nature. La prison est bien réelle, mais elle n’est pas une fatalité.

Et Joseph n’a pas acquis cette force intérieure en prison. Il l’avait déjà acquise bien avant. On le voit chez Potiphar. Lorsque la femme de Potiphar lui offre le secret, le plaisir et la liberté, Joseph refuse. Il dit non car il sait qui il est devant Dieu.

Avant même d’être jeté en prison, Joseph a déjà forgé une identité incorruptible.


3. Construire l’invisible qui ne peut être volé

C’est ici que se trouve une leçon essentielle.

La plupart des gens pensent que la liberté commence lorsque les chaînes sont brisées. La Bible dit qu’elle commence bien plus tôt. Elle commence dans l’esprit. Elle commence dans la mémoire. Elle commence dans ce qu’une personne a accumulé en elle-même avant que la crise ne survienne.

Le roi David le dit clairement :

בְּלִבִּי צָפַנְתִּי אִמְרָתֶךָ לְמַעַן לֹא אֶחֱטָא־לָךְ׃
Je garde précieusement ta promesse dans mon cœur ; c’est pourquoi je ne pèche pas contre toi.
Psaume 119:11

En hébreu, bilvavi tzafanti imratecha signifie : « J’ai caché ta parole dans mon cœur. »

David décrit une sorte de réserve intérieure. La parole de Dieu n’est pas seulement quelque chose qu’il étudie ou respecte ; elle fait partie intégrante de lui. Elle est présente avant la tentation, avant la peur, avant la pression.

Lorsque le monde extérieur devient instable, ce qui a été bâti en lui peut encore le guider.

Voilà ce que Joseph possédait. Voilà ce qu’Edith Eger portait en elle. Et voilà ce dont tout croyant sincère a besoin.

Le monde peut prendre le confort, le statut, les projets, les années. Il peut même fermer une porte derrière vous.
Mais il ne peut pas vous prendre ce que vous avez déjà caché à Dieu.

Les frères de Joseph lui enlevèrent son manteau, mais ils ne purent nier sa vocation. L’Égypte ferma les prisons, mais elle ne put entraver son destin. Pharaon put retarder son ascension, mais il ne put annuler la volonté divine.

Le premier combat ne se déroule jamais seulement autour de nous. Il se livre en nous.

Si l’ennemi parvient à dominer notre esprit, il a déjà fait du mal. S’il n’y parvient pas, alors même dans la souffrance, il n’a pas gagné.

La mère d’Edith Eger l’avait compris dans un wagon à bestiaux.
Joseph l’a prouvé en prison.
Et la Bible hébraïque l’enseigne encore aujourd’hui :

ce qui est bâti dans l’âme avec Dieu devient la seule chose qu’aucun pouvoir humain ne peut toucher.

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