Par l’équipe de PNW – le 6 juillet 2026
1) L’élargissement des pouvoirs de surveillance de l’État
Il fut un temps où les gouvernements prétendaient avoir besoin d’un accès accru à nos données pour lutter contre le terrorisme, le crime organisé ou l’espionnage étranger. On a assuré aux Canadiens que des pouvoirs extraordinaires ne seraient utilisés que dans des circonstances extraordinaires.
La question suivante se pose alors : une fois que le gouvernement aura un accès accru à vos informations, qu’en fera-t-il ?
La réponse devrait préoccuper chaque Canadien.
Ces dernières semaines, le gouvernement fédéral s’est retrouvé au cœur de deux controverses distinctes, mais étroitement liées. La première est le projet de loi C-22, qui élargit considérablement le cadre canadien d’accès légal en exigeant que les fournisseurs de services électroniques soient en mesure de se conformer aux ordonnances judiciaires et en créant de nouveaux mécanismes d’obtention de renseignements numériques.
Les représentants du gouvernement insistent sur le fait que cette loi modernise simplement les pouvoirs d’enquête existants plutôt que de créer de nouvelles autorités de surveillance. Les critiques, quant à eux, affirment qu’elle accroît la capacité concrète de l’État à recueillir et à accéder aux renseignements numériques des Canadiens, tout en soulevant d’importantes préoccupations en matière de protection de la vie privée.
Des documents internes du gouvernement, obtenus grâce à des demandes d’accès à l’information, ont ensuite révélé que des responsables envisageaient des poursuites judiciaires contre les Canadiens qui publient sur les médias sociaux des informations que le gouvernement juge « fausses et trompeuses ». Selon ces documents, l’objectif n’est pas simplement de réagir aux contenus litigieux, mais de privilégier la « prévention et la détection précoce ».
Prises individuellement, chaque initiative soulève des questions légitimes.
Pris ensemble, ces éléments dressent un tableau bien plus inquiétant.
La question qui se pose naturellement est celle que les Canadiens eux-mêmes se sont déjà posée : qui décide de ce qui constitue de la désinformation ?
2) Désinformation, liberté d’expression et risques pour la démocratie
Cette question n’est plus théorique.
L’histoire a maintes fois démontré que la « désinformation » est souvent définie par ceux qui détiennent le pouvoir. Pendant la pandémie de COVID-19, les Canadiens ont vu les opinions scientifiques évoluer de façon spectaculaire. Des idées autrefois condamnées comme des théories du complot – notamment les débats sur l’efficacité des vaccins, les politiques de confinement, les fermetures d’écoles et la possibilité d’une fuite de laboratoire – sont par la suite devenues des sujets de discussion publique légitimes et acceptés.
Si les gouvernements avaient disposé d’une autorité encore plus large pour faire taire ces opinions dès leurs premiers stades d’émergence, la vérité aurait-elle jamais éclaté au grand jour ?
C’est précisément pour cela que la liberté d’expression existe : non pas pour protéger les opinions populaires, mais les opinions impopulaires.
Les représentants du gouvernement insistent naturellement sur le fait que ces mesures visent à lutter contre les campagnes de désinformation étrangères, la fraude et la manipulation en ligne. Ce sont là des objectifs louables. Toutefois, conférer au gouvernement le pouvoir de déterminer la vérité tout en renforçant sa capacité de surveiller les activités numériques crée un conflit d’intérêts inhérent qui devrait inquiéter les Canadiens de toutes les orientations politiques.
3) Les implications pour les chrétiens et les libertés fondamentales
Les chrétiens, en particulier, devraient prendre conscience des dangers que peut engendrer cette voie.
La Bible n’a jamais promis aux croyants l’approbation de la société. Bien au contraire. L’Écriture nous avertit à maintes reprises que la vérité sera de plus en plus qualifiée d’erreur, tandis que l’erreur sera célébrée comme la vérité.
Aujourd’hui, les convictions bibliques concernant la sexualité, le genre, le mariage, l’avortement ou l’exclusivité religieuse sont de plus en plus souvent qualifiées de nuisibles, haineuses ou dangereuses. Bien que le Canada garantisse toujours la liberté de religion et d’expression par sa Constitution, la pression culturelle a déjà démontré à quelle vitesse les croyances chrétiennes orthodoxes peuvent être perçues comme socialement inacceptables.
Si les gouvernements futurs déterminent que certains enseignements bibliques constituent de la « désinformation » ou contribuent à nuire à la société, qu’est-ce qui empêchera les mécanismes de réglementation de cibler éventuellement les ministères chrétiens, les églises, les podcasts ou les croyants individuels ?
Peut-être que le gouvernement actuel n’a aucune intention de le faire.
Mais les lois restent rarement cantonnées aux intentions de ceux qui les ont initialement adoptées.
Toute extension du pouvoir gouvernemental finit par tomber entre les mains de quelqu’un d’autre.
Les Canadiens ont déjà constaté comment des pouvoirs extraordinaires peuvent être utilisés lors de crises nationales. Nombreux sont ceux qui se souviennent encore des manifestations du Convoi de la liberté, où les mesures d’urgence ont visé non seulement les manifestants, mais aussi des participants et leurs soutiens. Qu’on ait soutenu ou combattu le convoi, cet épisode a rappelé au pays que les gouvernements disposent d’un pouvoir de négociation considérable une fois conférés des pouvoirs exceptionnels.
Cette expérience a durablement modifié la façon dont de nombreux Canadiens perçoivent l’autorité de l’État.
Imaginez maintenant combiner un accès numérique accru avec des définitions gouvernementales de ce qui constitue un discours acceptable.
Cette combinaison mérite un examen bien plus approfondi que celui dont elle a bénéficié.
4) Préserver les libertés dans une société démocratique
Les défenseurs de la vie privée, les organisations de défense des libertés civiles et les experts en cybersécurité ont également averti que certains aspects du projet de loi C-22 pourraient affaiblir la protection de la vie privée, accroître les possibilités d’accès du gouvernement à l’information numérique et même avoir des répercussions plus larges sur le chiffrement et les communications sécurisées s’il est mal mis en œuvre.
Rien de tout cela ne signifie que le Canada est soudainement devenu un État autoritaire.
Cela signifie que les Canadiens devraient être très attentifs lorsque des gouvernements cherchent à accroître leurs capacités de surveillance tout en se positionnant comme arbitres du discours public acceptable.
Les sociétés libres reposent sur des citoyens indépendants, capables de remettre en question l’autorité sans craindre de conséquences juridiques pour avoir exprimé des opinions impopulaires.
Pour les chrétiens, la question dépasse le cadre politique.
Jésus a averti ses disciples que la vérité serait souvent rejetée par le monde. De tout temps, les gouvernements ont tenté de réglementer les idées avant de finalement réglementer les individus.
La vocation de l’Église n’a jamais été de ne parler que lorsque le gouvernement l’approuve.
Il s’agit de dire la vérité avec fidélité, grâce et courage, même lorsque cela a un prix.
Il reste à voir si ces propositions récentes deviendront des mécanismes d’application de grande envergure ou si elles seront considérablement remaniées. Les Canadiens devraient en débattre vigoureusement et exiger des garanties efficaces, un contrôle judiciaire et des limites claires.
Car dès lors que l’État s’arroge le pouvoir de surveiller et l’autorité de décider de ce qui peut être dit, la liberté ne repose plus sur les droits du citoyen.
Elle repose sur la contrainte de l’État.
L’histoire montre que ce n’est pas un endroit où les gens libres devraient jamais se sentir à l’aise de vivre.
